Origines et fondements du Libertinage

 

I) Origine et fondements du libertinage

Le terme libertin (du latin libertinus, « esclave qui vient d’être libéré », « affranchi ») comporte deux acceptions principales :
• dans sa version d’origine, le libertin est celui qui remet en cause les dogmes établis, c’est un libre penseur (ou libertin d’esprit) dans la mesure où il est affranchi, en particulier, de la métaphysique et de l’éthique religieuse (exemple : Dom Juan de Molière) ;
• le sens qui prévaut de nos jours se réfère au libertin de mœurs, c’est-à-dire celui qui s’adonne aux plaisirs charnels (voire à la sexualité de groupe) avec une liberté qui dépasse les limites de la morale conventionnelle et de la sensualité bourgeoise normale, mais aussi avec un certain raffinement cultivé. 

 

 

 

 

Le libertinage est un courant de pensée qui naît au XVI ème siècle en Italie avec des auteurs comme Machiavel puis au siècle suivant en France. A sa naissance, le libertin est celui qui se libère des contraintes religieuses et philosophiques. On parle alors de libre penseur. On retrouve cette liberté dans les conversations de salon mais également dans la façon dont les romanciers traitent le récit et refusent les règles. Par exemple, dans Jacques le fataliste de Diderot (1774), le lecteur a l'impression de participer à l' élaboration du roman.

Au XVIII ème siècle, les femmes acquièrent un pouvoir intellectuel plus important et on ose parler de désir et de passion. D'ailleurs L' Encyclopédie en donne sa définition : « C'est l'habitude de céder à l'instinct qui nous porte aux plaisirs des sens, il ne respecte pas les mœurs, mais il ne s'affecte pas de les braver, il est sans délicatesse ». Le libertin ne reconnaît aucune autorité supérieure à celle de sa conscience. On assiste donc à un dérèglement des mœurs : cette image correspond à de nombreux personnages de romans libertins. Ils se moquent des autres en les séduisant, en les trompant et en les soumettant à leurs seuls désirs, comme le fait le Don Juan de Molière. L'italien Casanova dans Histoire de ma vie est l'archétype du libertin multipliant les expériences de toute sorte : intellectuelle, culturelle, sexuelle. On ose parler d'amour et la sexualité prête parfois à rire comme dans Candide de Voltaire (1759) : « Leurs bouches se rencontrèrent, leurs yeux s'enflammèrent, leurs genoux tremblèrent, leurs mains s'égarèrent ».
D'après Roger Vaillant, dans Le regard froid (XX ème siècle), le libertin se fixe une stratégie qu'il suit scrupuleusement : le choix, la séduction, la chute, la rupture. Il jouit autant de la séduction que de la chute. Les liaisons dangereuses de Chardelos de Laclos en est le parfait exemple.
Certains textes, même ironiquement, soulignent le danger que fait courir le compagnie du libertin : ainsi Mme de Verquin est comparée à une « sirène » par le Marquis de Sade dans Les crimes de l'amour. Le libertinage revêt aussi un aspect philosophique prôné par le Marquis de Sade dans son roman Histoire de Juliette : « Asseyons nous et dissertons. Ce n'est pas tout que d'éprouver des sensations, il faut encore les analyser ». 

 

(Le salon de Mme Geoffrin (assise à droite) )

Le roman libertin et épistolaire du XVIIIe siècle

Difficile de parler d’écriture libertine sans évoquer les auteurs de romans libertins comme Crébillon, Sade ou Laclos, autant d’auteurs appartenant au siècle dit « des Lumières ». Pourtant des auteurs considérés comme « libertins » semblent se faire connaître dès le XVIe siècle, mais moins pour leurs œuvres que pour l’esprit frondeur qu’ils y instillaient. Ainsi, des historiens humanistes étaient taxés de « libertinage » de par leurs travaux qui remettaient en cause l’histoire officielle souvent complaisante envers la monarchie et ses représentants les plus influents.
C’est donc bien au XVIIIe siècle que l’écriture libertine à proprement parler prend une toute autre dimension. Elle met en scène, à travers le roman, une liberté de penser et d’agir qui se caractérise le plus souvent par une dépravation morale, une quête égoïste du plaisir. Des œuvres majeures comme les Liaisons dangereuses de Laclos ou encore Les Égarements du cœur et de l'esprit de Crébillon fils, ont introduit de nouveaux codes, une nouvelle façon de penser, d’écrire et de décrire le libertinage. La vie en société est présentée comme un jeu de dupe dont les libertins maîtrisent à la perfection les codes et enjeux. La séduction y est un art complexe que l’on entreprend par défi, désir ou amour-propre. La femme est identifiée comme une proie à « entreprendre », qui finit plus ou moins rapidement par céder devant son « chasseur ». On retrouve bien souvent, prodiguée par un libertin, une initiation au sexuel, au cynisme, au comportement à adopter en société, destinée à celui ou celle qui devra lui succéder dans ses préceptes. L’expression choisie est fine, raffinée, souvent allusive, tranchant avec une littérature dite licencieuse.

 

Les personnages libertins sont de plusieurs types :

- le jeune homme sans expérience qui entre dans le monde
- les libertins expérimentés qui élaborent leur stratégie : choix, séduction, chute, rupture.
- La jeune fille pure confrontée aux vices.
Le héros libertin peut aussi bien être un homme qu'une femme. 


Qu’est ce que la censure ?

La censure est la limitation de la liberté d’expression de chacun. Elle passe par l’examen des écrits destinés à la publication, avant de permettre leur diffusion ou non. Censurer quelque chose, c’est interdire sa propagation. Au XVIIIème siècle, en France, la censure est largement pratiquée, surtout lors de l’apparition d’idées qui remettent en cause le pouvoir royal et qui critiquent une société où règne l’arbitraire. En 1741, pour faire face à la multiplication des écrits satiriques, un corps de censeurs royaux est créé : 79 personnes, chacune spécialisée dans un domaine particulier, se chargent d’examiner les ouvrages.

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